Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt 2024
Le lauréat du prix Goncourt 2024 est connu depuis le 4 novembre. Il s’agit de Kamel Daoud, écrivain d’origine algérienne. Il est le tout premier Algérien à recevoir ce prix, la plus haute distinction du monde littéraire francophone.

Le parcours d’un homme de lettres
Kamel Daoud n’est pas un nom inconnu du monde littéraire francophone. Il se fait remarquer dès le début des années 2000, avec un récit, La Fable du nain, publié en Algérie en 2002. Ce sera alors le début d’une longue carrière. Il ne cessera de monter les marches. C’est ainsi qu’il remportera par exemple le Prix des cinq continents de la Francophonie en 2014 avec son roman intitulé Meursault, contre-enquête, une réécriture postcoloniale de L’étranger d’Albert Camus, qui a remporté le prix Goncourt du premier roman en 2015.
On ne sent pas Kamel Daoud seulement dans les librairies et salons du livre. L’homme se fait aussi remarquer dans le journalisme, par son entrée au Quotidien d’Oran en 1994. Rédacteur en chef, il va y passer huit ans.
Dès 2014, il va collaborer avec l’hebdomadaire Le Point. Cette collaboration lui vaudra une reconnaissance, et non des moindres. Il lui sera attribué le Prix Jean-Luc Lagardère du journalisme en 2016. C’est donc un homme très présent sur la scène, qui a été récompensé ce 4 novembre. Mais au fond, comment se définit-il lui-même, quelle signification donne-t-il à ce prix Goncourt ?
Kamel Daoud, un enfant de l’Algérie
Cet écrivain se définit lui-même comme étant un enfant de l’Algérie, de l’école algérienne, des ambitions algériennes. Et selon lui, ce prix a beaucoup de sens. À titre personnel, c’est une réussite pour lui et sa famille.
C’est aussi un signal fort pour les écrivains algériens en herbe, dit-il. Ces écrivains que certains courants politiques terrorisent, qui sont détruits au berceau et qui ont peur d’écrire. Pour le prix Goncourt 2024, « c’est important pour eux de savoir qu’écrire un livre est un processus qui peut avoir un dénouement heureux« .

Le livre, un instrument de transmission
On l’a souvent entendu dire, la langue et le livre sont des instruments qui servent à véhiculer les messages. Kamel Daoud partage grandement cet avis. Cependant, il dit ne pas être un politicien. Qu’un livre pousse à imaginer, à espérer autre chose. Certainement, autre chose que les affrontements entre groupes islamiques et armée algérienne durant la décennie noire (1992-2002). En Algérie, il est interdit de publier un livre sur la décennie noire, son dernier roman y est donc censuré. Kamel Daoud veut attirer l’attention des uns et des autres sur les séquelles que peuvent causer les tensions dans un pays.
Cette parole qu’il a donnée à Aube, dans son roman Houris, nous le démontre : « Les violences que certains traversent pendant les moments difficiles de leur vie sont des marques. Elles peuvent les affecter pendant longtemps. » Aube se souvient toujours de ce qu’elle a vécu à l’âge de cinq ans, au moment où, elle aussi, va être maman. Voilà ce qu’il y a de particulier dans Houris, ce roman à travers lequel Kamel Daoud a été primé. Houris nous enseigne.
Les enseignements de Houris
En donnant la parole à Aube dans son roman intitulé Houris, Kamel Daoud nous démontre que le temps n’efface pas facilement les séquelles. Que la guerre a plusieurs effets dans un pays. Le plus visible, c’est la destruction d’ordre matériel. Et là, il faut reconstruire. Cela demande du temps certes. Mais au moins on sait ce qu’il faut pour reconstruire.
Il faut de l’argent. Des intelligences pour remettre sur pied un village, une ville, un pays détruit par les conflits armés. Mais lorsque la destruction affecte les êtres humains, ce n’est plus très évident. Car, ce n’est pas toujours visible à l’œil nu. Comment faire le bilan ? Connaitre qui a été affecté ? Jusqu’à quel niveau un tiers a-t-il été atteint ?
Le mal est profond. Mais peut y remédier. On le peut sans doute, si on venait à privilégier le débat inclusif et le dialogue. Cela éviterait des dégâts de plusieurs ordres.